Ei%CC%80TRENNE 2026 FINALE - FRA


Ei%CC%80TRENNE 2026 FINALE - FRA

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ÉTRENNE 2026
« TOUT CE QU’IL VOUS DIRA, FAITES-LE.»
Croyants, libres pour servir
Introduction
a. Le premier signe de Jésus est un « portail d'entrée »
b. L'irruption définitive de Dieu dans l'Histoire
c. Jésus inaugure une relation d'amour, une alliance de bonté et
d'abondance
1. REGARDER - Accueillir les signes des temps
a. Marie n'était pas une invitée « neutre »
b. Les défis et les difficultés doivent être reconnus et affrontés, et non
mis de côté
c. L'histoire est l’écrin qui révèle l'action de Dieu
d. Invitation à la réflexion
2. ÉCOUTER - Enracinés dans la foi en Christ
a. Les événements doivent être lus et vécus à la lumière du Christ
b. La volonté de Dieu émerge des événements que nous vivons
c. Un processus nourri et éclairé par la Parole
d. Invitation à la réflexion
3. CHOISIR - Vivre l'appel avec liberté
a. Une écoute libre en toute confiance
1

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b. Chaque action n'a de sens – logos – que dans et à partir de la Parole
Logos
c. Le danger d'une foi qui s'adapte à la culture dominante
d. Invitation à la réflexion
4. AGIR - Servir avec une générosité totale
a. Servir librement parce que nous sommes enracinés en Christ
b. Coopérateurs dans le projet de Dieu pour les jeunes
c. L'audace de la foi
d. Invitation à la réflexion
5. 150 ans – Salésiens Coopérateurs : le rêve prophétique de Don Bosco
continue
6. Quelques propositions pastorales
1. « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » : vers une pédagogie de l'écoute
personnelle
2. Marie à Cana : éducatrice de la liberté authentique
3. L'art de lire les signes des temps avec les jeunes
4. Choisir : la liberté chrétienne comme réponse vocationnelle
5. Le 150ème anniversaire des Salésiens Coopérateurs : un modèle pour
aujourd'hui
Conclusion
2

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ÉTRENNE 2026
« TOUT CE QU’IL VOUS DIRA, FAITES-LE »
Croyants, libres pour servir
Commentaire de l'Étrenne 2026
Bien chers Confrères,
Filles de Marie Auxiliatrice,
Tous les Membres de la Famille Salésienne,
Jeunes,
Chaque année, le rendez-vous avec l’ÉTRENNE offre l'occasion à tous
les Groupes de la Famille Salésienne de se réunir autour d'un thème
particulier, de partager et de vivre des moments forts de prière et de réflexion,
d'écoute et de fraternité. C'est un souhait et une espérance que chaque
Groupe – et chaque personne qui en fait partie – puisse trouver une nourriture
pour le chemin, un soutien pour sa propre expérience éducative, pastorale et
personnelle.
Introduction
L’ÉTRENNE qui nous a accompagnés l'année dernière, construite
autour du thème jubilaire de l'espérance, nous a offert à tous l'occasion de
considérer le mystère du Christ comme source de lumière qui nous aide à
contempler les merveilles de Dieu dans le moment présent. Nous avons vécu
des moments qui nous ont fortifiés dans la foi en ce que le Seigneur doit
encore nous révéler, et nous avons perçu l'espérance comme force du « déjà »
et comme courage du « pas encore ». Nous avons également contemplé
comment, pour Don Bosco, la force de l'espérance l'a aidé et soutenu dans
son cheminement de découverte et de mise en pratique du projet de Dieu.
Il y a 150 ans, l'espérance était le moteur du cœur pastoral de Don
Bosco, un cœur capable de lire les signes des temps et de regarder le monde,
soutenu par la foi en Dieu. La commémoration du cent cinquantième
anniversaire de la première Expédition Missionnaire Salésienne n'a pas
vocation à être une célébration limitée à un moment chronologique. En nous
souvenant de ce moment historique, nous avons contemplé comment l'Esprit
3

1.4 Page 4

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de Dieu a trouvé en Don Bosco un cœur ouvert et disponible. La réponse de
Don Bosco a été une réponse qui a su dépasser une vision étroite et
autoréférentielle de la vie.
Don Bosco vivait à Turin, mais son cœur et son esprit habitaient le
monde entier. Son espérance était fondée sur la certitude qu'une fois le projet
de Dieu découvert, il n'y a pas d'autre chemin que de suivre sa volonté
jusqu'au bout. En contemplant la vertu théologale de l'espérance qui animait
sa vie, nous pouvons entrevoir ce que ses premiers disciples ressentaient déjà
et commentèrent plus tard : Don Bosco un homme de foi, Don Bosco un
croyant, « Don Bosco avec Dieu ».
Cette année, je voudrais proposer comme Étrenne le thème de la foi.
Ce thème est apparu progressivement mais clairement lorsque, au début du
mois de juin 2025, les différents Groupes de la Famille Salésienne se sont
réunis pour la Consulte Mondiale. Les réflexions partagées ont indiqué le
thème de la foi : non seulement comme une continuation naturelle de
l’espérance mais comme son « fondement ». Si la force de l'espérance se fonde
sur la foi, une vie vraiment pleine d'espérance ramène à une relation de foi
plus profonde et plus authentique avec Jésus, le Fils du Père, fait homme
pour nous et qui continue d'être présent au milieu de nous avec la force de
l'Esprit. Ce sera donc comme un pèlerinage dans la foi de toute la Famille
Salésienne : ensemble pour nous renouveler, ensemble pour vivre dans le
monde comme chrétiens (et « salésiens »).
Dans sa première Encyclique Lumen fidei,1 le Pape François avance
des idées très pertinentes à cet égard. Tout d'abord, comme introduction
générale au thème de la foi, il nous invite à corriger notre regard : ne pas
considérer la foi comme quelque chose de théologiquement éloigné, mais
comme « une lumière à découvrir ». Croire, vivre de la foi signifie vouloir
marcher dans la lumière. La foi est donc le fondement que nous avons et le
chemin que nous entreprenons parce que nous voulons vraiment vivre la vie
d'une manière belle et saine. Embrasser la foi exprime ce désir profond de
vivre dans la lumière, en refusant de vivre dans l'obscurité, le vide,
l'insignifiance. Le Pape François écrit que nous voulons suivre cet appel à
« récupérer le caractère particulier de lumière de la foi, parce que, lorsque
sa flamme s’éteint, toutes les autres lumières finissent par perdre leur
vigueur. La lumière de la foi possède, en effet, un caractère singulier, étant
capable d’éclairer toute l’existence de l’homme. » (n. 4)
Cette première invitation nous interpelle directement lorsque nous
reconnaissons que notre mission est d'éduquer à la foi et dans la foi. Le défi
qui surgit immédiatement est très clair : comment pouvons-nous le faire si
1 PAPE FRANÇOIS, Lettre Encyclique Lumen fidei [La Lumière de la Foi] (2013).
4

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cette source de lumière en moi s'éteint ? Comment rester serein quand on
réalise qu’éteindre la lumière de notre cœur revient finalement à laisser les
jeunes et tous ceux que nous accompagnons dans les ténèbres les plus
épaisses ?
De plus, cette lumière possède certaines caractéristiques qui méritent
d'être soulignées. Ces caractéristiques se présentent comme un soutien
nécessaire dans les moments difficiles et éprouvants du chemin de la foi.
Tout d'abord, en raison de sa puissance, la lumière de la foi « ne peut
provenir de nous-mêmes, elle doit venir d'une source plus originaire ; elle
doit venir, en définitive, de Dieu. » (n. 4) Il ne s'agit pas vraiment d'offrir des
choses humaines, intelligentes et professionnelles, mais bien plus encore. Dès
lors, cette lumière n'est pas la nôtre, elle nous est accordée.
Il y a un deuxième aspect, fruit de cette extraordinaire gratuité divine ;
et le Pape François le décrit en des termes à la fois profonds et tendres : « La
foi naît de la rencontre avec le Dieu vivant, qui nous appelle et nous révèle
son amour, un amour qui nous précède et sur lequel nous pouvons nous
appuyer pour être solides et construire notre vie. » La foi n'est pas un produit.
Elle naît non pas tant « de la rencontre avec Dieu », mais plutôt « dans la
rencontre avec Dieu ». Une rencontre qui doit être vécue comme une
expression de liberté totale et comme source inépuisable qui nous nourrit de
sa lumière.
Cette brève introduction jette déjà les bases nécessaires pour inscrire
le thème de la foi dans une dynamique relationnelle. Une dynamique qui
est typique de notre charisme salésien. L'expérience de la foi dans la rencontre
avec Jésus, Fils de Dieu, apparaît comme l'épine dorsale de nos actions par
la puissance de son Esprit. À travers cette énergie trinitaire, nous sommes les
premiers bénéficiaires de ce don qui donne forme et sens à tout ce que nous
sommes, et par conséquent à tout ce que nous faisons et proposons pour le
salut des jeunes.
« TOUT CE QU’IL VOUS DIRA, FAITES-LE »
Croyants, libres pour servir
Laissons-nous guider, cette année, par une phrase de l'Évangile de
Jean prononcée par Marie au tout début de cet Évangile même. Dans ce qui
devait être une belle fête de mariage, une difficulté survient : il n’y a plus de
vin. Face à un possible échec de la fête, Marie réagit du fond du cœur : il faut
intervenir. Et ce que Marie fait, c'est simplement présenter la situation réelle
à Jésus. Mais son heure, celle de Jésus, n'est pas encore venue. Marie, la
5

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mère attentive, avec une grande sérénité, invite les serviteurs à écouter
simplement ce que Jésus leur dira quand « son heure » sera venue.
Cette année, je vous propose de répondre à l'invitation de Marie, avec
la même disponibilité et la même liberté que celle que nous voyons chez les
serviteurs. Nous aussi, membres des différents Groupes de la Famille
Salésienne, nous devons nous rappeler la vérité de notre choix et de notre
identité : nous sommes des serviteurs, seulement des serviteurs. Et Marie
nous dit aussi aujourd'hui : « Tout ce qu'il vous dira, faites-le. » Quoi que
Jésus nous dise, il nous suffit de l'accueillir, de l'assumer et de le vivre, sans
si et sans mais.
Je vous invite tous, chers frères et sœurs, après avoir fait l'expérience
de la force de l'espérance, de cette « espérance qui ne déçoit pas », à laisser
les paroles de Marie toucher nos cœurs, et à prêter notre regard et notre
écoute à Jésus, à ce qu'il nous dira, dans la conscience et la joie d'être des
serviteurs.
Laissons-nous soutenir par la même foi en remplissant les jarres à ras
bord, et en apportant l'eau transformée en vin aux réalités quotidiennes que
nous vivons et partageons avec tous. Puisque beaucoup d'entre nous se
trouvent en première ligne dans des situations difficiles et des situations
critiques, nous reconnaissons le risque d'une foi faible, parfois même absente,
avec les conséquences dramatiques que nous constatons alors, d'un manque
de partage du « vin » de la bonté, de l'empathie et de l'amour.
Évangile selon saint Jean 2,1-11
1 Le troisième jour, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de
Jésus était là. 2 Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses
disciples. 3 Or, on manqua de vin. La mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont
pas de vin. » 4 Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure
n’est pas encore venue. » 5 Sa mère dit à ceux qui servaient : « Tout ce
qu’il vous dira, faites-le. » 6 Or, il y avait là six jarres de pierre pour les
purifications rituelles des Juifs ; chacune contenait deux à trois mesures,
(c’est-à-dire environ cent litres). 7 Jésus dit à ceux qui servaient :
« Remplissez d’eau les jarres. » Et ils les remplirent jusqu’au bord. 8 Il leur
dit : « Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. » Ils lui en
portèrent. 9 Et celui-ci goûta l’eau changée en vin. Il ne savait pas d’où
venait ce vin, mais ceux qui servaient le savaient bien, eux qui avaient
puisé l’eau. Alors le maître du repas appelle le marié 10 et lui dit : « Tout
le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on
apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à
maintenant. » 11 Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit.
6

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C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent
en lui.
Entrons dans le vif du passage qui a inspiré le titre de l'ÉTRENNE, avec
la méditation sur le premier « signe » que Jésus accomplit à Cana de Galilée,
tel que le raconte Jean (2,1-11).
Trois brèves réflexions introductives nous offrent la clé
« herméneutique » qui rend le passage significatif pour notre expérience
personnelle et communautaire.
a. Le premier signe de Jésus est un « portail d'entrée »
Lors d'une de ses audiences, le Pape François commente ce passage à
l’aide d’une image très concrète. Il dit que le premier signe de Jésus est « une
sorte de "portail d'entrée", dans lequel sont inscrits des mots et expressions
qui éclairent le mystère tout entier du Christ et ouvrent le cœur des disciples
à la foi.»2 Le premier signe de Jésus n'est pas un spectacle à admirer, mais
plutôt une invitation adressée au cœur de chaque croyant. Elle appelle à des
attitudes qui assurent l'accueil de la proposition de foi en Lui, comme évoqué
à la fin du passage : « et ses disciples crurent en lui » (v. 11). Ce premier
signe à Cana va d'emblée au cœur du message de Jésus : l'invitation à miser
notre vie sur sa parole. « Cana » est – aujourd'hui – la maison où nous vivons,
le travail où nous vivons notre mission, le groupe de jeunes, les enseignants,
les parents que nous accompagnons. Nous sommes les serviteurs et les
disciples des diverses expériences concrètes et quotidiennes.
Et comme à Cana, Marie continue aujourd’hui encore à avoir une
mission fondamentale et fondatrice dans ce processus. C'est elle qui, en
marchant avec nous, nous invite à faire le pas de la foi, une foi librement
assumée pour être d'authentiques serviteurs. Et ce même processus, fait de
foi, de liberté et de service, est le même que celui que Don Bosco a vécu tout
au long de sa vie. Même Don Bosco, dès le rêve des 9 ans, reconnaît Marie
comme Mère et Maîtresse de vie qui l'a soutenu dans sa foi, qui lui a donné le
courage d'être un serviteur gratuit pour les jeunes dans le domaine qu'elle lui
a indiqué.
b. L'irruption définitive de Dieu dans l'Histoire
Le Pape Benoît XVI propose un deuxième point de réflexion, à partir des
paroles qui introduisent ce premier signe : « Le troisième jour, il y eut un
mariage à Cana de Galilée. » (v.1)
2 PAPE FRANÇOIS, Audience générale, 8 juin 2016 :
https://www.vatican.va/content/francesco/it/audiences/2016/documents/pap
a-francesco_20160608_udienza-generale.html
7

1.8 Page 8

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Dans son livre Jésus de Nazareth, le Pape Benoît XVI dit que nous
sommes ici au cœur du mystère de Dieu qui se manifeste. L'indication de l'heure
est un symbole de toute l'action de Dieu dans l'histoire. Le « troisième jour »
communique l'anticipation de l'accomplissement de l'histoire du salut qui
advient dans la résurrection du Christ, le troisième jour. Nous assistons en
ce moment précis, dit le Pape, « à l'irruption définitive de Dieu sur la terre ».3
Cana est un lieu qui contient de manière humble et cachée l'accomplissement
du projet de l'amour de Dieu pour l'humanité. Cana est tout lieu où nous
sommes envoyés, en tant qu’espace où Dieu continue de se rendre présent à
travers ceux qui écoutent sa parole, la croient et la vivent.
Cette réflexion a une portée vraiment significative pour nous. Si « Cana »
est chaque lieu où nous vivons, alors nous sommes ceux que le Seigneur
appelle à être signes et porteurs de son amour pour les jeunes, pour
l'humanité. Certes, « l'irruption de Dieu sur la terre » ne dépend pas de nous,
mais il nous est donné la possibilité de la faciliter comme un don librement
reçu et librement accueilli. Chaque action que nous vivons de manière
généreuse participe à ce projet de Dieu... mais même notre résistance ou notre
rejet risque de priver les autres de ce « bon vin ».
c. Jésus inaugure une relation d'amour, une alliance de bonté et
d'abondance
Un troisième point introductif, également tiré du Pape Benoît XVI :
l'ambiance de la fête des noces est la dimension la plus appropriée qui
caractérise la relation de Dieu avec toute l'humanité, l'alliance nuptiale par
excellence.4
Nous nous rendons vraiment, compte que Jésus ne vient pas
simplement nous délivrer un message. À travers ce premier signe, ce que
Jésus s'apprête à inaugurer, c'est une relation d'amour, une alliance de bonté
et d'abondance. Jésus nous invite à entrer dans une relation vivante et
vivifiante. Avec lui, nous habitons un espace sacré où, tout d'abord, nous
découvrons que nous sommes aimés. Dans cette relation d'amour, nous
sommes positivement mis au défi et encouragés à le suivre.
Reconnaissant que nous sommes toujours à la recherche de ce « bon
vin » qui ne manque jamais, il n'y a qu'un seul chemin à suivre, celui indiqué
par Marie : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ». Les noces, d'une part,
inaugurent une réalité nouvelle et, d'autre part, scellent l'alliance nouvelle et
éternelle.
3 JOSEPH RATZINGER-BENOÎT XVI, Jésus de Nazareth, Libreria Editrice Vaticana, Cité
du Vatican, 2007, p. 292.
4 Ibidem.
8

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Nous pouvons dire que l’expérience de Cana est un véritable « sein
maternel » dans lequel la fidélité de Dieu vient à notre rencontre, complétant et
portant à son achèvement la recherche d’amour par l’homme. Cela signifie que
lorsque le moment est venu, on répond à la proposition de Jésus en obéissant
(ob-audire), à l'écoute de la foi vécue fidèlement.
Le banquet devient ainsi l'autel qui distribue abondamment le vin
nouveau de la Parole. Une distribution généreuse, fruit d'une foi vécue dans
la liberté. À l'invitation de Marie, cette vie éclairée par la Parole de Jésus est
vécue sous forme de service pour le bien de tous, avec une pleine disponibilité
du cœur.
À la lumière du texte des noces de Cana, l’ÉTRENNE 2026 nous soumet
divers défis. Je suis convaincu que l'appel lancé à chaque Groupe de la
Famille Salésienne pour vivre son propre charisme trouve dans ce passage de
l'Évangile d'autres stimuli à vivre en faveur des jeunes et de tous ceux qui
partagent la mission salésienne. Non seulement cela, mais aussi pour servir
de nombreuses personnes dans différentes parties du monde à qui le Seigneur
demande d'apporter le vin de l'espérance, la joie de la communion.
1. REGARDER - Accueillir les signes des temps
Un premier appel que je vous invite à accueillir et à méditer concerne
l'attitude de Marie : la femme attentive à ce qui se passait autour d'elle.
L'Évangile nous dit simplement que « Le troisième jour, il y eut un mariage à
Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. » (v.1) L'Évangile ne donne pas
d'autres informations. Mais lorsque nous écoutons ces quelques paroles et
que nous les relions à sa réaction, nous commençons à entrevoir certains
éléments significatifs du cœur de Marie.
a. Marie n'était pas une invitée « neutre »
La présence de Marie était une présence attentive et s’intéressant à tout
ce qui se passait autour d'elle. Au sens figuré mais significatif, on peut dire
que Marie a accueilli avec enthousiasme le temps et l'histoire de ceux
qui l'avaient voulue comme invitée à leur mariage. Marie pouvait
tranquillement se sentir comme une personne qui n’avait pas à intervenir,
même si elle pressentait la triste conséquence du manque de vin. Pourtant,
elle a choisi de ne pas rester indifférente.
Voici un premier aspect sur lequel nous sommes appelés, en tant que
disciples de Jésus, à nous poser la question suivante : dans quelle mesure
nous sentons-nous interpellés par rapport aux événements de l'histoire que
nous vivons et dans les lieux que nous habitons ? Quelle position adoptons-
nous alors que nous pouvons aussi choisir de rester à distance parce que
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pour certaines choses, « ce n'est pas à moi de », « ce n'est pas de ma
responsabilité » ? À la lumière de ce que Marie a fait, face aux défis qui nous
entourent, nous nous sentons profondément et personnellement interpellés.
Dans une culture de l'anonymat et de l'indifférence, nous reconnaissons que
nous risquons nous aussi de vivre des choix sous la bannière du
« politiquement correct » !
Accueillir le temps et l’histoire comme attitude existentielle implique
certaines exigences que nous ne pouvons saisir et assumer qu’à la lumière de
la foi au Christ.
Dans le domaine éducatif et pastoral, ce choix de Marie nous rappelle
avec force et douceur de ne pas tomber dans l'indifférence qui non seulement
justifie les choses, mais les encourage aussi passivement et indirectement.
Combien de fois ne voyons-nous pas même des personnes dites « d'Église » se
replier sur leur propre bien-être, face au sort des réfugiés, des pauvres et des
personnes vulnérables, les considérant comme une nuisance et un déchet ?
b. Les défis et les difficultés doivent être reconnus et affrontés, et
non mis de côté
C'est ce que Marie a fait à Cana. Combien de fois ne nous arrive-t-il pas
que, face à des situations difficiles imprévues, au lieu de les affronter avec la
force de la sérénité et de la passion apostolique, nous nous en éloignions en
nous justifiant trop facilement ! Le danger est que, peu à peu, cette inertie
pastorale devienne une « culture » parmi nous aussi. Nous attendons – et nous
exigeons – que les autres fassent leur part ; peut-être les blâmons-nous, et
croyons-nous ainsi que nous anesthésions notre conscience, en feignant de
croire que nous, nous n'avons rien à offrir, ou que nous n’avons pas à nous
remettre en question.
Quand les pauvres frappent à la porte, nous n'avons pas le droit de faire
comme si de rien n'était. Pour notre père et maître Don Bosco, sa réponse ne
partait pas d’un calcul de moyens, mais de la disponibilité de son cœur qui
était en phase avec les jeunes de son temps. Dès le début, il a été animé par
le désir d'entrer en contact avec eux, pauvres et nécessiteux qu'ils étaient.
Gardons-nous de nous laisser entraîner dans la perspective d'une vie
consacrée et pastorale fortement influencée par une mentalité bourgeoise et
sélective. Ce n'est pas nous qui choisissons les pauvres ; les pauvres nous
sont envoyés par la Providence. Accueillir les jeunes pauvres et faire tout ce
que nous pouvons pour eux est un appel que nous devons prendre au sérieux.
c. L'histoire est l’écrin qui révèle l'action de Dieu
Une troisième leçon que nous tirons de l’action de Marie est la
conscience que dans les petits et humbles moments, vécus avec générosité,
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2 Pages 11-20

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2.1 Page 11

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l’histoire devient un écrin qui révèle l’action de Dieu. Une simple attention
maternelle – une invitation pleine de sollicitude aux serviteurs – prépare le
terrain pour l'heure de Jésus, pour son premier signe. Comme le Seigneur
nous surprend lorsque nous sommes attentifs aux détails de l'existence
humaine, surtout auprès des pauvres et des nécessiteux ! Combien de vies
n’ont-elles expérimenté le baume de la miséricorde de Dieu à travers des
gestes attentionnés d'éducateurs et éducatrices qui, avec une bonté
maternelle, ont offert un sourire, un mot d'encouragement, plutôt que des
regards de condamnation ou des paroles humiliantes !
Toute l'expérience de Don Bosco nous enseigne que « la cour de
récréation », à la fois physique et métaphorique, est le lieu où se révèle la
bonté de Dieu. Nous communiquons la bonté affectueuse (« amorevolezza »)
en la vivant sereinement lorsque nous sommes présents parmi et pour les
jeunes qui se sentent alors reconnus, appréciés et aimés. Le partage se
construit dans la relation avec nos collaborateurs et collaboratrices lorsqu'ils
nous sollicitent pour « cinq minutes » d'écoute. La sagesse pastorale et
éducative se manifeste dans des gestes quotidiens, vécus avec un cœur
ouvert, disponible, attentif et affectueux.
Il convient de rappeler ici une réflexion plus actuelle que jamais offerte
par le Salésien Dominic Veliath sur le contexte de l'Asie du Sud.5 Il écrit :
« Le charisme salésien est toujours en pèlerinage. Tout pèlerinage
comporte un certain niveau de risque. Parfois l'on est confronté au défi
de s'aventurer sur un chemin qui peut sembler encore inexploré. C'est
dans ce contexte que chaque Salésien, y compris celui de l'Asie du Sud,
confiant en la présence constante de l'Esprit de Dieu, enraciné dans le
charisme salésien et en communion fraternelle avec toute la
Congrégation Salésienne, est appelé à poursuivre son chemin avec un
peu de cette confiance qui a été décrite avec une grande acuité par le
poète Antonio Machado dans son poème Caminante no hay Camino :
" Toi qui marches, il n'existe pas de chemin, le chemin se fait en
marchant. " »6
5 DOMINIC VELIATH, Encounter of the Salesian Charism. South Asian Context in
Journal of Salesian Studies, July–December 2015, Vol.16, n.2, pp.189-207; cf.
https://www.salesian.online/wp-
content/uploads/2020/03/JSS_16_N_2_Encounter_of_the_Salesian_Charism_wi
th_the_Southern_Asian_Context-Dominic_Veliath1.pdf
6 Idem, p.207. L'original est en anglais : The Salesian charism is still on a
pilgrimage. Every pilgrimage involves a certain amount of risk; at times one is
challenged to venture along what may seem as yet an uncharted course. It is in
this setting that every Salesian, including the Salesian in the South Asian context,
confident in the abiding presence of the Spirit of God, rooted in the Salesian
charism and in fraternal communion with the Salesian congregation at large, is
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2.2 Page 12

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Marie, la femme attentive à ce qui se passait autour d'elle, nous
invite à ne pas rester distants, indifférents aux besoins de ceux que le
Seigneur nous demande d'accompagner.
d. Invitation à la réflexion
- En tant que Communautés et Groupes, demandons-nous s'il existe
des espaces et des moments où nous réfléchissons ensemble à la
pauvreté qui nous entoure.
- Demandons-nous si notre style de vie est vraiment un témoignage
authentique pour ceux qui nous connaissent, pour ceux que nous
servons, parfois vraiment pauvres de corps et d'esprit.
- Demandons-nous si les pauvres sont des numéros et un objet
d'idéologie et de stratégie pastorale, ou si nous sommes leurs
serviteurs avec les moyens dont nous disposons. À quel point
sommes-nous généreux avec nos « cinq poissons et deux pains » ?
2. ÉCOUTER - Enracinés dans la foi en Christ
Marie, attentive à ce qui se passait autour d'elle, dit aux serviteurs :
« Tout ce qu'il vous dira, faites-le. » (v.5) L'invitation est claire et simple. Mais
nous savons que c'est aussi très difficile. Il ne s'agit pas seulement de
reconnaître les événements avec leurs urgences et leurs besoins, mais de les
lire à la lumière de la foi en Christ. La plupart du temps, nous faisons bien la
lecture des événements, de manière professionnelle et compétente, avec des
analyses généralement bien développées et précises, à un niveau – pour ainsi
dire – « horizontal ». Mais pour nous qui suivons Jésus, ce niveau – qui ne
doit jamais manquer – doit absolument être accompagné du niveau
« vertical ». Comme il est facile pour nous, pour répondre à diverses urgences,
de nous lancer dans une activité frénétique en faveur des pauvres et des
nécessiteux et, à la longue, de finir souvent par être aspirés dans un tourbillon
d’activisme qui ne nous laisse pas le temps de regarder les visages de ceux
que nous souhaitons servir, ou même le visage de Celui qui nous a appelés à
les servir en Son nom !
a. Les événements doivent être lus et vécus à la lumière du Christ
Marie invite à une réponse qui corresponde sûrement à la difficulté
inattendue, mais avec une indication très claire : « Tout ce qu’il vous dira,
called to continue his journey with a little of that trust which has so insightfully
been described by the poet Antonio Machado in his poem Antonio Machado in his
poem Caminante no hay Camino: “Wayfarer! There is no way. The way is made by
walking”.
12

2.3 Page 13

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faites-le. » L'accent principal n'est pas mis sur ce qui doit être fait, mais sur
Celui qui dit ce qui doit être fait ! Les événements doivent être lus et affrontés
à la lumière du Christ. C'est une indication indispensable comme une source
d'énergie réelle pour ceux qui croient. Il existe différentes façons de répondre
à la pauvreté. Le croyant opte pour ceci : agir sur la base de la Parole de Jésus.
Pour le croyant en Christ, ce que tant de saints de la charité ont transmis par
leur vie et leur témoignage est valable. Notre père Don Bosco lui-même l'a
transmis de manière claire : agir au nom de Jésus.
Il est très important pour nous de voir combien les premiers Salésiens
ont conservé dans leur mémoire la figure de Don Bosco, en particulier dans
ses traits spirituels et mystiques les plus profonds. Dans un article des
Constitutions Salésiennes, l'article 10, qui ouvre la section sur l'esprit
salésien, nous trouvons la synthèse de cet appel que Don Bosco a vécu
authentiquement :
Article 10 :
« Don Bosco a vécu et nous a transmis, sous l’inspiration de Dieu, un
style original de vie et d’action : l’esprit salésien.
La charité pastorale en est le centre et la synthèse ; elle est marquée
par le dynamisme juvénile qui se manifestait avec tant de force en notre
Fondateur et aux origines de notre Société. C’est un élan apostolique
qui nous fait chercher les âmes et ne servir que Dieu seul. »
b. La volonté de Dieu émerge des événements que nous vivons
Dans cette dynamique, enracinée dans le Christ, se déclenche une
expérience qui nous fait progressivement révéler le dessein de Dieu. La volonté
de Dieu émerge de l'intérieur de notre collaboration aux événements que nous
vivons en Lui et à cause de Lui. Et lorsque nous sommes sincères et que nous
agissons à partir de son regard, le Seigneur de la vie nous surprend toujours
de la manière la plus inattendue. Croire n'est donc pas un choix qui garantit
les succès et les triomphes ; croire, c'est se confier entre ses mains, c'est
grandir dans la certitude absolue qui vient d'un cœur guidé par la Divine
Providence. Si la logique du calcul prend la place de ce choix radical, alors
tout prend une autre direction, dont nous ne connaissons pas le but. Marie
demeure le guide absolument fiable. Telle elle a été et telle elle continue d’être.
Dans l'épisode de l'Évangile sur lequel nous méditons, en effet, nous ne
trouvons pas un mot de doute ou de méfiance, ni même simplement de
résignation de la part des serviteurs : seulement des gestes de confiance, une
confiance pleine et totale :
« Sa mère dit à ceux qui servaient : "Tout ce qu’il vous dira, faites-le." Or,
il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs ;
13

2.4 Page 14

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chacune contenait deux à trois mesures, (c’est-à-dire environ cent litres).
Jésus dit à ceux qui servaient : "Remplissez d’eau les jarres." Et ils les
remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : "Maintenant, puisez, et portez-en au
maître du repas." Ils lui en portèrent. » (vv.5-8)
Ce sont des versets qui communiquent – dans le silence total des
protagonistes – une disponibilité, une promptitude et une générosité qui
peuvent aussi nous laisser un peu perplexes. Au contraire ! C'est la réaction
de ceux qui choisissent de miser sur la Parole entendue. C'est la position de
ceux qui croient vraiment. C'est le choix de ceux qui ne sont pas là pour poser
des questions ou, pire encore, des conditions. Voilà, le serviteur fidèle !
c. Un processus nourri et éclairé par la Parole
Finalement, nous saisissons un fait que nous, croyants, ne pouvons
pas ignorer : c'est un processus qui tient parce qu'il est continuellement
nourri et éclairé par la Parole. Tout interpréter à la lumière de Dieu et
contempler sa volonté dans les événements qui se déroulent devant nous n'est
pas un fait automatique. Interpréter toute chose à la lumière de Dieu et
contempler sa volonté dans les événements qui se déroulent devant nous n’est
pas une évidence. Cela exige un cœur à l'écoute de la puissance de la Parole.
C'est un besoin que, dans une culture comme la nôtre, où l'efficience prime
sur l'efficacité et où le résultat est considéré plus important que le processus,
nous risquons constamment de sous-estimer, passant directement à l'action,
même avec les meilleures intentions. Il en résulte que le point de référence –
la Parole méditée et contemplée – s'affaiblit de plus en plus et, à la longue,
finit même par être considéré comme une perte de temps.
Combien de fois entendons-nous, même dans nos communautés
religieuses, que nous n'avons pas le temps de méditer parce que nous sommes
très occupés par des engagements pastoraux ? Et plus les engagements sont
grands, plus nous abandonnons l'amitié avec la Parole. Il en résulte,
malheureusement, une autoréférentialité pastorale qui se renforce au nom de
l'action et des engagements pastoraux. En correspondance avec ce que le Pape
François a défini un jour comme la « mondanité spirituelle », nous courons
un risque très similaire, l'impasse de la « mondanité pastorale ». C'est-à-dire
que nous faisons l'œuvre de Dieu avec de grands efforts, mais à long terme,
nous oublions ce Dieu qui nous a initialement appelés à le servir. Quelle
tragédie quand, croyant servir Dieu à travers les pauvres, nous finissons par
justifier son inutilité même. Nous finissons par ériger nos propres projets
pastoraux en idoles !
Je voudrais offrir ici une réflexion sur la force et la centralité de la Parole
d'une sainte de la charité que beaucoup d'entre nous ont rencontrée : Mère
14

2.5 Page 15

▲torna in alto
Teresa de Calcutta. Elle a écrit à ses sœurs – et à tous les Missionnaires de la
Charité – des paroles qui sont aussi valables pour nous aujourd'hui :
« Je m’inquiète de ce que certains d’entre vous n’aient pas encore
vraiment rencontré Jésus – seul à seul - vous et Jésus seulement. Nous
pouvons certes passer du temps à la chapelle, mais avez-vous perçu –
avec les yeux de l’âme – avec quel amour il vous regarde? Avez-vous
vraiment fait connaissance avec Jésus vivant, non pas à partir de livres
mais pour l’avoir hébergé dans votre cœur ? Avez-vous entendu ses
mots d’amour ? (...) N’abandonnez jamais ce contact intime et quotidien
avec Jésus comme une personne réelle vivante, et non pas comme une
pure idée. Comment pourrions-nous passer un seul jour sans écouter
Jésus dire "Je t’aime" (…) C’est impossible ! Notre âme en a besoin
autant que notre corps a besoin de respirer. Sinon, la prière meurt et
la méditation dégénère en simple réflexion. Jésus veut que chacun de
nous l’écoute, lui qui vous parle dans le silence du cœur. Soyez attentifs
à tout ce qui pourrait empêcher ce contact personnel avec Jésus
vivant. »7
L'invitation chaleureuse de sainte Teresa de Calcutta s'adresse à tous
ceux qui veulent faire de la foi la source de leur identité et de leurs actes. Être
croyants nous place au cœur de l'histoire afin que, en tant que protagonistes,
nous accueillions et vivions l'histoire et dans l'histoire à la lumière du Christ.
Ce n'est qu'ainsi – alimentés et nourris par la Parole – que nous pourrons voir
avec étonnement comment la volonté de Dieu apparaît plus claire à nos yeux.
d. Invitation à la réflexion
- Reconnaissons-nous combien il est facile de répondre aux besoins
des pauvres et d'offrir des processus éducatifs et pastoraux sans
une lecture humaine et spirituelle préalable de la situation ?
- En tant que Communautés et Groupes, reconnaissons-nous
l'urgence du courage de « perdre » du temps à réfléchir et à prier
avant d'agir ? La valeur des propositions réside dans les racines qui
nourrissent l'arbre afin qu'il donne des fruits bons et durables.
- Avons-nous intériorisé que le service des pauvres est une
conséquence de notre rencontre avec le Christ, parce qu'ils sont
eux-mêmes ceux qui nous ramènent à Lui pour les servir encore
plus ?
7 Extrait de la lettre que Mère Teresa a écrite à toute la Famille des Missionnaires
de la Charité, pendant la Semaine Sainte de 1993 – 25 mars, voir : R.
Cantalamessa, La Troisième prédication de l'Avent, le 19 décembre 2003 :
« Connaissez-vous Jésus vivant ? »
15

2.6 Page 16

▲torna in alto
- Réalisons-nous constamment que le danger de la « mondanité
pastorale » finit par nourrir notre ego avec, pour conséquence, qu'au
lieu de servir les pauvres, nous finissons par nous servir des
pauvres ?
3. CHOISIR - Vivre l'appel avec liberté
L'histoire du « signe » de Cana offre des perspectives supplémentaires
qui éclairent davantage notre expérience de foi vécue, servant de guide et de
rappel pour nos cheminements éducatifs et pastoraux. Les serviteurs
écoutent, accueillent et obéissent, comme Marie le leur avait demandé. Leur
attitude et leurs choix sont comme la réalisation d'une autre déclaration de
Jésus lorsque, dans le fameux épisode de l’Évangile de Luc, « une femme éleva
la voix au milieu de la foule pour lui dire : "Béni soit le sein qui t'a porté et le
sein qui t'a allaité!". Alors Jésus lui déclara : "Heureux plutôt ceux qui
écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent !". » (Lc 11,27-28)
Voilà la clé. Il est important et crucial de se sentir partie prenante de
l'histoire humaine, en accueillant et en « lisant » les signes des temps ; il est
absolument nécessaire d'être enraciné dans la foi en Christ. Mais la vérité de
ces deux attitudes est beaucoup plus évidente lorsque nous accueillons et
vivons la Parole. Alors se dessine le chemin d'une foi authentique, marqué par
une croissance saine et solide.
a. Une écoute libre en toute confiance
Le tournant est mis en évidence par cette écoute libre marquée par une
confiance totale. Les phrases de l'Évangile ont une charge très forte et un sens
toujours actuel.
« Jésus dit à ceux qui servaient : "Remplissez d’eau les jarres." Et ils les
remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : "Maintenant, puisez, et portez-en au
maître du repas." Ils lui en portèrent. » (Jn 2, 7-8)
Quand on fait confiance à Jésus, il n'y a pas de place pour autre chose.
Au contraire, la disponibilité humaine devient encore plus pleine et plus
joyeuse, plus prête et plus généreuse. L'auteur de l'Évangile offre un détail
que, en tant qu'éducateurs et pasteurs, nous ne pouvons manquer de
remarquer : « Et ils remplirent [les jarres] jusqu’au bord. » (v.7) À ras bord, au-
delà de la quantité déjà abondante du contenu des jarres. Il vaut la peine
d'être généreux, toujours, d'une générosité « débordante ». Quand Jésus
appelle, on avance ainsi, en obéissant – ob-audire – librement et sans retenue,
encore et encore, comme le suggère la suite de l'Évangile : « Il leur dit :
"Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas." Ils lui en portèrent. » (v.8)
16

2.7 Page 17

▲torna in alto
Je crois que beaucoup d'entre nous, dans notre vie, comme enfants et
comme jeunes, mais je crois aussi comme adultes, avons eu la joie de
rencontrer des personnes qui nous rappellent la générosité de ces serviteurs.
Des gens que nous portons encore dans nos cœurs et nos esprits, non pas
tant pour les choses qu'ils ont faites, mais pour l'attitude libre et généreuse
qu'ils nous ont transmise. Ils nous ont certainement marqués, parce que leur
cœur était habité par la présence de Jésus ; ils avaient un cœur éclairé et
guidé par la Parole et nourri de l'Eucharistie.
b. Chaque action n'a de sens – logos – que dans et à partir de la
Parole – Logos
Dans les serviteurs, nous saisissons ce qui nous est demandé
aujourd'hui, si nous voulons vraiment offrir une expérience de croissance
intégrale à ceux que nous sommes appelés à servir. Nous ne serons
d'authentiques éducateurs et pasteurs que lorsque toutes nos actions
puiseront un sens (raison, motif, logos) dans et à partir de la Parole (Logos).
Ce n'est que dans une pratique de vie tissée de paroles et d'actions qui se
laissent imprégner par la Parole que nous pouvons dépasser le mur de
l'indifférence et de l'apathie si répandues aujourd'hui. Quand nous voyons
que manque le vin de l'espérance et de la vraie joie, quand nous nous sentons
impuissants face à tant de défis réels que nous rencontrons chaque jour, la
tentation est de nous défendre en prenant nos distances et en faisant le
minimum.
Mais il y a une autre option qui est évangélique et salésienne :
« s'abandonner » et « faire confiance » à sa Parole... Comme nous en
témoignent les serviteurs, comme nous en témoignent Don Bosco et de
nombreux Salésiens connus, avec leurs choix concrets, toujours précédés
d'une attention précise et systématique aux sources de leur vie. C’est de cet
espace sacré et profond que tout a émané. Ils ont été des disciples et des
serviteurs qui ont fait de leur vie pour et avec les autres une expérience qui
prolongeait leur relation avec Jésus, vécue avec la force de sa Parole. Il ne
s'agissait pas d'un dévotionnisme abstrait ou d'un piétisme émotionnel, mais
d'une expression et d'une synthèse de la maturité humaine et spirituelle, de
clairvoyance intelligente et sage, d'empathie humaine et d'élan mystique.
Dans leur ob-audire vécu avec une personnalité forte et déterminée, on ne voit
aucun signe de faiblesse ou de résignation passive. On peut dire qu'ils ont
vécu leur rôle de protagonistes dans un cadre relationnel marqué par la grâce
d'unité, un cadre existentiel profondément humain et profondément divin. En
obéissant, ils n’ont pas du tout renoncé à leur personnalité, mais ils l’ont
plutôt façonnée à travers cette grâce. Leur confiance en la parole de Jésus,
comme celle des serviteurs, continue à nous offrir un vin nouveau qui
inaugure une vie nouvelle, pour nous comme pour nos jeunes.
17

2.8 Page 18

▲torna in alto
c. Le danger d'une foi qui s'adapte à la culture dominante
Et nous reconnaissons ici l'invitation à ne pas succomber au danger
d'une foi qui s'adapte à la culture dominante. La dimension prophétique de
notre mission doit affronter un contexte comme celui d'aujourd'hui, qui « tire
vers le bas », l’immédiat, l’utile et l’avantageux, celui qui est gratifiant ici et
maintenant, voire le plus confortable. La parole de Jésus aux serviteurs
pouvait être « gérée » et « traitée » d'une manière purement humaine, avec une
méfiance très plausible et « raisonnable ». Le résultat aurait été très différent,
on peut facilement l'imaginer.
Combien de fois ne nous arrive-t-il pas aujourd'hui que, face à des défis
pastoraux urgents, la raison humaine prenne le dessus. Une lecture
purement horizontale, savamment construite en elle-même, finit par
s'affaiblir, au point d'exclure une lecture fondée sur la foi des défis que nous
sommes appelés à affronter. D'une part, nous sommes conscients que les
études et les recherches sur les jeunes nous invitent à écouter leur quête de
sens, mais d'autre part – à cette prise de conscience qui demande une réponse
prophétique – nous nous limitons à donner soit une réponse purement
horizontale, répondant peut-être seulement à un besoin plutôt qu'à la
question implicite du sens.
On a l'impression que nous projetons parfois nos peurs sur les jeunes,
parce que cela nous met mal à l'aise pour les affronter et les surmonter, cela
nous fait sortir de nos zones de confort. En restant du côté purement humain
et rationnel, ou de la culture dominante, nous nous sentons superficiellement
justifiés, tandis que nos jeunes continuent de crier dans le désert.
En lisant l'histoire des débuts au Valdocco, dans la maison Pinardi à
partir de 1847, nous voyons que Don Bosco offre aux jeunes des expériences
fortes et solides. Il cherchait des jeunes pauvres et sans abri pour leur donner
le strict nécessaire : nourriture, logement, éducation. Mais dès le début, Don
Bosco était conscient qu'il était nécessaire de faire des propositions que nous
appelons aujourd'hui « intégrales ». Pietro Braido écrit :
« Humble dès les origines, la première institution de Don Bosco s'est
développée lentement, mais avec une vigueur et une notoriété
croissantes, comme la graine de moutarde de l’Évangile. Mais c'est
grâce à un opérateur d'une telle force intérieure, d'une foi humaine et
chrétienne aussi solide, d'une capacité d'implication et de rayonnement
si marquée, qu'il a fini par donner des images de lui-même beaucoup
plus dilatées que la réalité. La même chose se produirait à l'avenir. »8
8 PIETRO BRAIDO, Don Bosco, prete dei giovani, nel secolo delle libertà, (LAS – Roma
2009), Vol. I, Cap. VII: La rivelazione di Don Bosco educatore (1846-1850), p.216.
18

2.9 Page 19

▲torna in alto
« Cependant, il ne s'efforçait pas uniquement de faire de la publicité.
Dans ses efforts pour revitaliser et renforcer la vie religieuse, morale et,
par conséquent, civique des jeunes, en particulier ceux de la classe
ouvrière – les "jeunes artisans pauvres" –, il savait aussi recourir à des
moyens puissants, tels que les exercices spirituels. Déjà en 1847, il
avait fait une première expérience pour les "oratoriens" (...) Plus
sûrement, Don Bosco lui-même atteste la répétition d'une expérience
similaire en 1848. Il s’était agi, pour un bon pourcentage de la
cinquantaine de participants, du séjour jour et nuit dans les locaux de
l'Oratoire, rendu possible par la mise à disposition de toute la maison
Pinardi. »9
Pour que notre réponse soit pleine de foi en la parole de Jésus, nous
devons, sans tarder, accueillir cette invitation avec une grande disponibilité,
à la fois envers Celui qui nous appelle et en réponse à ceux qui attendent. Nos
tergiversations, nos hésitations ne doivent pas avoir le dernier mot.
d. Invitation à la réflexion
- Efforçons-nous de faire en sorte que notre vie de foi prenne la forme
d’une relation empreinte de liberté et d’abandon confiant.
- Examinons nos consciences pour voir si nos motivations sont
enracinées dans la Parole (Logos) et se nourrissent d’elle, libres de
motivations autoréférentielles.
- Développons toujours nos capacités intellectuelles à la lumière de
la sagesse de Dieu. Que notre intelligence n'obscurcisse ni
n'affaiblisse la voix prophétique de la Bonne Nouvelle.
4. AGIR - Servir avec une générosité totale
Les noces de Cana ont été une « fête » enrichie par la réponse confiante
et généreuse des serviteurs à l'invitation de Marie à faire ce que Jésus leur
avait dit de faire. Lorsque le service est marqué par un don généreux de soi,
une générosité enracinée dans la foi, le résultat est un don pour tous. Nous
pouvons le voir dans les différents processus éducatifs et pastoraux menés
par des personnes dévouées à la mission, par des collaborateurs qui se
sentent partie intégrante du charisme et du projet pastoral salésiens. Don de
soi et appartenance constituent une véritable et réelle acceptation de la
vocation, sa réalisation, et non un simple appendice. En fin de compte, ce
sont ces choix fondamentaux qui donnent vie à tout parcours de croissance
9 Idem., p. 223.
19

2.10 Page 20

▲torna in alto
intégrale des jeunes. Ce sont des options qui en conditionnent positivement
le résultat.
a. Servir librement parce que nous sommes enracinés en Christ
Il n'y a pas de liberté plus authentique et plus vraie que celle qui émane
de cette relation avec Lui. La joie du serviteur libre découle d'un cœur qui a
déjà trouvé le centre de sa propre identité. Le serviteur qui se nourrit de la
source qui est le Christ n'a pas d'autres intentions ou motivations. Il vit bien
son service sans avoir besoin de rechercher des gratifications personnelles
venant de l'extérieur. Son cœur est déjà plein de Celui qui l'a appelé et envoyé,
et cela suffit pour le faire avancer.
Son don de soi est donc limpide, et c'est pourquoi il communique à
l'extérieur ce sentiment de liberté intérieure. C'est de là que vient la joie
véritable que chaque authentique serviteur des jeunes porte en lui. Nous
sommes les porteurs du bon vin, nous sommes « signes et porteurs de l’amour
de Dieu pour les jeunes, spécialement les plus pauvres » (C 2), non pas parce
que nous aurions produit ce vin nous-mêmes, mais parce que nous croyons
qu'il nous a été donné gratuitement. Il nous est seulement demandé de ne
pas le garder comme propriété personnelle, mais de le distribuer
généreusement. La joie que nous communiquons lorsque nous sommes
enracinés en Christ est une joie qui nous est donnée en abondance, mais avec
la promesse que cette joie devient pleine lorsque nous la partageons. La
promesse de Jésus lors de la dernière Cène continue de nous soutenir dans
ce service :
« Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans
mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez
dans mon amour, comme moi, j'ai gardé les commandements de mon
Père et je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie
soit en vous, et que votre joie soit parfaite. » (Jn 15, 9-11)
Au cours de ces derniers mois du Jubilé de l'Année Sainte 2025,
beaucoup d'entre nous ont vécu ou suivi de près l'expérience du Jubilé des
Jeunes, entre fin juillet et début août. Il est frappant de rappeler ici les paroles
que saint Jean-Paul II a écrites dans sa Lettre Apostolique Novo Millennio
Ineunte, à la fin de l'Année Sainte 2000, où l'on trouve un commentaire sur le
Jubilé des Jeunes de cette année-là, l'an 2000. Ce sont des paroles qui
respirent la joie. Elles semblent avoir été écrites pour nous aujourd'hui, nous
qui avons affaire à des jeunes nés au tournant du millénaire :
« Le Christ n'est-il pas le secret de la vraie liberté et de la joie profonde
du cœur ? Le Christ n'est-il pas l'ami suprême et en même temps
l'éducateur de toute amitié authentique ? Si le Christ est présenté aux
jeunes avec son vrai visage, ils le voient comme une réponse
20

3 Pages 21-30

▲torna in alto

3.1 Page 21

▲torna in alto
convaincante et ils sont capables de recevoir son message, même s'il est
exigeant et marqué par la Croix. C'est pourquoi, me laissant prendre
par leur enthousiasme, je n'ai pas hésité à leur demander un choix
radical de foi et de vie, leur indiquant une tâche merveilleuse : se faire
les "veilleurs du matin" (cf. Is 21,11-12) en cette aurore du nouveau
millénaire. » (NMI n. 9)10
Oui, les jeunes sont encore à la recherche de ceux qui ont le courage et
la conviction de la foi dans le Christ. Les recherches ne manquent pas de la
part des jeunes. Nous avons besoin de personnes, d'adultes dans la foi, prêts
à présenter le visage de Jésus, comme serviteurs et pèlerins. Nous avons
besoin d'éducateurs et de pasteurs qui soient prêts à écouter et à vivre la
Bonne Nouvelle.
b. Coopérateurs dans le projet de Dieu pour les jeunes
Par ce service convaincu et joyeux, nous, éducateurs et pasteurs, nous
devenons des coopérateurs dans le projet de Dieu pour les jeunes. Comme
Marie, nous aussi, nous avons fait le choix de ne pas nous tenir à l'écart de
ce qui se passe autour de nous. Nous avons choisi de faire partie de l'histoire
des jeunes, parce que nous sommes convaincus que ces jeunes, aujourd'hui
plus que jamais, portent dans leur cœur la question : « Seigneur, où
demeures-tu ? » (Jn 1,38). Ils le cherchent, peut-être même sans le savoir. Ils
n'ont pas le vocabulaire pour le dire, mais ils ont cette soif profonde qui ne
laisse pas leur cœur en paix. Si le bon langage manque, le cœur inquiet ne
manque certainement pas.
Combien grande est notre responsabilité, nous qui avons rencontré
Jésus, qui nous arrêtons souvent avec Jésus, chaque jour ! Mais ce n'est que
lorsque nous vivons cette rencontre avec fidélité et cohérence que nous
sommes capables de comprendre et de saisir la demande silencieuse des
jeunes. Dans cette logique d'un « silence qui interpelle de manière
assourdissante », les éducateurs et pasteurs véritables communiquent par
leur témoignage et leur fidélité cette étincelle qui, seule, sait enflammer les
cœurs. Le « talent » de la Bonne Nouvelle nous a été confié. Malheur à nous si
nous le négligeons, ou, pire encore, si nous l'enterrons.
Au cours de sa vie, courte mais intense, Simone Weil (1909-1943) –
philosophe, militante politique et mystique française, femme désespérément
en recherche – a profondément marqué la pensée philosophique française du
XXème siècle. À un certain moment de sa vie, elle entre en contact avec le Père
10 SAINT JEAN-PAUL II, Lettre Apostolique Novo Millennio Ineunte [Au début du
nouveau millénaire], 6 janvier 2001.
21

3.2 Page 22

▲torna in alto
Joseph-Marie Perrin, Dominicain. De cette expérience, elle écrit dans son
journal :
« Ce n'est pas par la manière dont un homme parle de Dieu, mais par
la manière dont il parle des choses terrestres que l'on peut le mieux
discerner si son âme a séjourné dans le feu de l'amour de Dieu. »11
C'est une phrase lapidaire qui s'inscrit très bien dans nos contextes
éducatifs et pastoraux. La plupart du temps, nos rencontres avec les jeunes
et avec tous ceux que le Seigneur nous fait rencontrer sont faites de simples
contacts humains, de disponibilité généreuse sur les besoins et les thèmes
immédiats. Et pourtant, cet espace d'humanité limpide devient un lieu de
révélation de l'amour de Dieu : dans ces moments-là, nous occupons une
« terre sainte » qu'il ne faut pas piétiner. Dans les cours de récréation du
monde, notre présence n'est pas seulement physique, mais porte tout ce que
notre cœur contient. Même en parlant de « choses terrestres », sans le savoir
nous communiquons « qui » ou « ce que » dans nos cœurs nous avons accueilli
et hébergé. Dans ces moments tout simples, notre présence, porteuse d'un
cœur bien disposé, facilite étonnamment le dévoilement du plan de Dieu pour
chaque jeune que nous rencontrons. Heureux sommes-nous si nous en
sommes continuellement conscients. Heureux les jeunes qui rencontrent ces
serviteurs fidèles, généreux et pleins d’une joie véritable et authentique.
c. L'audace de la foi
Enfin, nous ne devons avoir ni peur ni honte : encourageons à titre
personnel et communautaire, l'audace de la foi. Il ne s'agit pas d'une attitude
qui défie le monde, encore moins d’un fondamentalisme absurde. C'est plutôt
un choix qui nous enracine dans le Christ et qui nous ouvre ainsi au monde.
Il ne s'agit pas de s'opposer, mais de favoriser des espaces de fraternité, de
promouvoir une culture du dialogue et de vivre des relations empreintes de
compassion et d'empathie.
Dans un passage de l'Encyclique Lumen Fidei [La Lumière de la Foi – 29
juin 2013], le Pape François insiste sur le potentiel d'une foi qui ne vise pas à
conquérir mais à collaborer pour le bien commun. En tant que porteurs d'un
charisme qui éduque et évangélise, la réflexion du Pape nous éclaire et nous
pousse à aller de l'avant.
« La foi n’éloigne pas du monde et ne reste pas étrangère à l’engagement
concret de nos contemporains. Sans un amour digne de confiance, rien
ne pourrait tenir les hommes vraiment unis entre eux. Leur unité ne
serait concevable que fondée uniquement sur l’utilité, sur la
11 SIMONE WEIL, Carnet de notes IV, pp. 182-183.
22

3.3 Page 23

▲torna in alto
composition des intérêts, sur la peur, mais non pas sur le bien de vivre
ensemble, ni sur la joie que la simple présence de l’autre peut susciter. »
(n. 51)
Le Pape rappelle ensuite que cette position devient un don inestimable
pour ses conséquences sociales. Ce rappel pour nous, Groupes de la Famille
Salésienne, est crucial parce qu'il nous met en garde contre le danger de
considérer la « foi » comme une « propriété privée », que nous posséderions en
opposition aux autres. Ce n'est pas cela, le sens de l'appel. Le contexte de la
fête de Cana nous rappelle que le vin est pour tous, même pour ceux qui ont
mal calculé, même pour ceux qui se sont faufilés dans la fête, et même pour
les mendiants de passage. La foi au Christ, comme le vin nouveau, inaugure
la fête de l'alliance. Voici les paroles du Pape François :
« La foi fait comprendre la structuration des relations humaines, parce
qu’elle en perçoit le fondement ultime et le destin définitif en Dieu,
dans son amour, et elle éclaire ainsi l’art de l’édification, en devenant
un service du bien commun. Oui, la foi est un bien pour tous, elle est
un bien commun, sa lumière n’éclaire pas seulement l’intérieur de
l’Église et ne sert pas seulement à construire une cité éternelle dans
l’au-delà; elle nous aide aussi à édifier nos sociétés, afin que nous
marchions vers un avenir plein d’espérance. » (n.51)
L'audace de la foi est une confirmation que nous devons prendre au
sérieux l'appel à être coopérateurs du projet de Dieu pour les jeunes. Don
Bosco a vécu cet appel avec une conscience extraordinaire et en a fait un
système, un projet, une expérience familiale. Et cette audace lui faisait dire
(et vivre) : « Chaque fois qu’il s’agit du bien de la jeunesse en péril ou de gagner
des âmes à Dieu, je cours en avant jusqu’à la témérité. »12
Nous vivons l'audace de la foi pour favoriser un avenir marqué par
l'espérance ; l'audace de la foi qui trouve ses racines dans le cœur de
l'éducateur, du pasteur qui ne cesse d'aimer, d'espérer, d'aimer son troupeau.
d. Invitation à la réflexion
- Nous n’avons pas peur de nous demander, personnellement et en
toute sincérité, si nous servons vraiment les jeunes ou si nous les
utilisons à des fins personnelles.
- Appelés en communauté à éduquer avec le cœur du Bon Pasteur,
nous nous efforçons de trouver des moments qui renforcent en nous
la conscience que notre présence et notre contribution sont
12 Lettre à M. CARLO VESPIGNANI, 11 avril 1877, in FRANCESCO MOTTO (éd.), GIOVANNI
BOSCO, Epistolario, Vol. V (1876-1877), LAS-Rome 2012, p.344. Cf. aussi
Constitutions Salésiennes, art. 19.
23

3.4 Page 24

▲torna in alto
destinées à favoriser la découverte du projet de Dieu pour chaque
jeune.
- En me rappelant la phrase de Simone Weil, mon âme séjourne-t-elle
« dans le feu de l'amour de Dieu » ? Si je ne séjourne pas dans cette
fournaise de l'amour de Dieu, peu importe où se trouve l'alternative,
où je décide d’habiter !
5. 150 ans – Salésiens Coopérateurs : le rêve prophétique de
Don Bosco continue
Je vous invite à considérer le 150ème anniversaire de la fondation des
Salésiens Coopérateurs comme une expérience qui prolonge les paroles de
Marie aux serviteurs : « Tout ce qu'il vous dira, faites-le. »
Les réflexions menées jusqu'à présent, on peut les voir actualisées dans
le projet que Don Bosco a mûri dès le début de sa mission au Valdocco.
1. Le cœur de Don Bosco était un cœur ouvert à l'accueil des signes des
temps, avec ses défis et ses opportunités.
2. Dès le début, ce fut un chemin enraciné dans la foi en Christ, et cette
expérience personnelle n'a eu son point de départ que dans le Christ.
3. La proposition qu’il mûrissait visait à offrir aux jeunes et à ses
premiers collaborateurs un appel à découvrir et vivre leur propre projet
de vie en toute liberté.
4. Dans un environnement non pollué et saint, où la raison (caractère
raisonnable) et la foi (religion) se nourrissaient mutuellement dans un
contexte de bonté affectueuse (« amorevolezza »), ce chemin avait pour
seul but de servir les jeunes avec une totale générosité et de les aimer
inconditionnellement.
Au cours des dernières décennies, nous avons eu diverses occasions et
moments de réflexion qui nous aident à contempler l'expérience des Salésiens
Coopérateurs à la lumière du charisme salésien. Je veux parler de trois
sources qui, au cours de cette année, pourraient nourrir autant de moments
d'étude et de réflexion que de recherche de propositions pastorales nouvelles
et créatives.
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3.5 Page 25

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Le P. Pietro Braido consacre plusieurs pages aux Salésiens
Coopérateurs.13 Je veux juste mentionner ici quelques pistes pour une vision
d'ensemble qui nous offre une mémoire projetée au-delà du contexte
historique et temporel immédiat. Si nous nous souvenons bien des choix de
Don Bosco, nous nous rendons compte que le thème de l’ÉTRENNE 2026 est
en parfaite harmonie avec son action, car il a toujours été attentif et obéissant
à la direction du souffle de l'Esprit de Dieu.
L'idée de Don Bosco était de créer une véritable force missionnaire
organisée, une « armée potentiellement illimitée de personnes, hommes et
femmes ». La caractéristique révolutionnaire était que ces membres
partageraient la mission salésienne tout en restant dans le monde, sans
l'obligation des vœux religieux (pauvreté, chasteté, obéissance) ou de la vie
communautaire typique des religieux. Ils ont été appelés à vivre une foi
« évangélisatrice et civilisatrice » dans leur contexte quotidien.
Depuis les débuts de l'Oratoire, Don Bosco a toujours pu compter sur
la collaboration de prêtres et de laïcs. La vraie nouveauté a été de donner à
cette collaboration une forme officielle et structurée : une Association ou une
Union ecclésiale. Cette entité serait formellement « agrégée » à la Société
Salésienne, créant ainsi un lien spirituel et juridique reconnu.
L'idée n'est pas tombée du ciel. Déjà dans les ébauches des
Constitutions Salésiennes des années 60, Don Bosco avait prévu un chapitre
sur les « Membres Extérieurs ». Bien que cette proposition ait d'abord été
rejetée par les Autorités Vaticanes, Don Bosco n'a pas baissé les bras. Il
voulait transformer un réseau d'aide spontanée et informelle en une Famille
spirituelle reconnue, avec une identité précise et un rôle actif dans la mission
salésienne.
« Dans l'Introduction de 1854 au Plan de Règlement de l'Oratoire
masculin de Saint-François de Sales, Don Bosco exprime l'espoir que le
Règlement puisse "servir de norme (...) pour administrer cette partie du
ministère sacré, et de guide pour les personnes ecclésiastiques et
séculières qui y consacrent en grand nombre leurs efforts avec une
sollicitude charitable." Effectivement, il y avait eu une foule de
collaborateurs ecclésiastiques et laïcs, dont il aimait se souvenir. »
(Braido, 174)
La vision originale de Don Bosco nous interpelle à nouveau, parce
qu'elle nous invite à renouveler aujourd'hui ce même esprit apostolique qu'il
13 PIETRO BRAIDO, Don Bosco prêtre des jeunes au siècle de la liberté. Vol. 2, LAS 2009.
Je suggère de lire le chapitre vingt-deux, Un projet de solidarité catholique dans la
mission parmi les jeunes ( 1873-1877), pp. 173-205.
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3.6 Page 26

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a rêvé comme base et fondement. Pour Don Bosco, la figure du Salésien
Coopérateur était comme une figure aux multiples facettes avec une identité
et une mission bien précises.
Son identité était celle d'un Salésien dans le monde : un chrétien (laïc,
prêtre, homme ou femme) qui vit l'esprit salésien dans sa propre condition de
vie, en famille et dans la société. Il n'est pas religieux, mais il partage avec les
religieux salésiens le même cœur et la même passion pour le salut des jeunes.
Sa mission avait un double but : la sanctification personnelle (« se faire
du bien à soi-même » : c'est-à-dire être appelé à vivre une vie chrétienne
exemplaire, avec un style de vie simple et vertueux, presque comme s'il était
« en Congrégation »). Puis le salut des autres, l'action apostolique, dans le but
d'un engagement actif envers le prochain, avec un accent particulier sur les
« jeunes en difficulté ».
Don Bosco, avec un grand esprit pratique, a établi que ceux qui ne
pouvaient pas réaliser ces œuvres directement (« par eux-mêmes ») pouvaient
néanmoins contribuer en soutenant ceux qui les accomplissaient (« par
l'intermédiaire d'autres »). Ce principe rendait l'expérience accessible à tous,
indépendamment de leur âge, de leur état de santé ou de leurs ressources
économiques.
Le P. Egidio Viganò, dans sa lettre L'Association des Salésiens
Coopérateurs,14 à l'occasion de la promulgation solennelle du nouveau
Règlement de Vie Apostolique de l'Association des Salésiens Coopérateurs, 1986,
a écrit que ce nouveau Règlement n'était pas une simple mise à jour normative,
mais un événement de portée historique qui a achevé le renouveau
postconciliaire de toute la Famille Salésienne. Le P. Viganò écrit que si « Don
Bosco n'a pas estimé que sa mission de Fondateur fût achevée, quelque
longue et tourmentée qu'elle ait été, avant d'avoir donné une structure solide
et son identité à cette Association », ce processus de renouveau s'inscrit dans
la continuité de l'expérience vécue jusqu'alors qui « était déjà présente, comme
en germe, dès le début de l'œuvre des Oratoires. »
Il ajoute également que le charisme salésien a en lui-même une « vitalité
ductile » qui lui permet de s'adapter à son temps sans perdre sa propre essence.
Don Bosco était parti de l'intuition fondamentale de la mission des jeunes et de
l'urgence d'avoir des collaborateurs permanents. Ce n'est qu'après plus de trente
ans de discernement, de 1841 à 1876, qu'il a pu donner une forme définitive à
son projet, passant d'une dimension diocésaine à une vocation universelle.
14 EGIDIO VIGANÒ, L'Association des Salésiens Coopérateurs, Lettre publiée dans
ACG 318, 1986.
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3.7 Page 27

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Enfin, le P. Pascual Chávez, dans un article sur Le Coopérateur dans
l'esprit de Don Bosco,15 commente « Le Projet de Vie Apostolique : chemin de
fidélité au charisme de Don Bosco », en insistant sur l'intuition originelle de
Don Bosco et en rappelant la fameuse phrase : « J'ai toujours eu besoin de
tout le monde ! ». Dans cette expression, nous trouvons une synthèse
complète de sa vision, qui ne se réduit pas à voir les Coopérateurs comme de
simples aides, mais comme des protagonistes essentiels d'un vaste réseau de
collaboration qui a, en fait, rendu possible la diffusion mondiale de l'Œuvre
salésienne.
Le P. Chávez écrit que l'identité du Coopérateur, selon Don Bosco,
s'articule en trois dimensions fondamentales : premièrement, c’est un
chrétien catholique ; deuxièmement, il a une vocation laïque ; troisièmement,
il est Salésien dans le monde, rappelant ainsi la conférence de Don Bosco en
1885. Au cours de cette conférence, Don Bosco disait :
« Que signifie être Coopérateur Salésien ? Être Coopérateur Salésien
veut dire participer avec d’autres au soutien d'une Œuvre fondée sous
les auspices de saint François de Sales, dont le but est d'aider la Sainte
Église dans ses besoins les plus urgents. Cela veut dire participer à la
promotion d'une œuvre très recommandée par le Saint-Père parce
qu'elle éduque les jeunes gens à la vertu, à retrouver le chemin de
l'église-sanctuaire, parce que son but principal est d'instruire la
jeunesse devenue aujourd’hui la cible des méchants, et parce qu'elle
promeut dans le monde, dans les collèges, les pensionnats, les oratoires
festifs, les familles, parce qu’elle promeut – dis-je – l'amour de la
religion, les bonnes mœurs, la prière, la fréquentation des Sacrements
et ainsi de suite. »16
À la lumière de cette vision de Don Bosco, le Projet de Vie Apostolique
(PVA) trace le chemin pour devenir un témoignage authentique du projet de
Dieu pour la croissance intégrale des jeunes. Ce chemin devient réel lorsque
les Salésiens Coopérateurs s'engagent à :
a. Assurer l'identité de l'Association à travers une fidélité dynamique qui
fait toujours référence à l'intuition et à la motivation originale du
Fondateur. L’étude et la réflexion sur le charisme seront une source
nourrissant continuellement la compréhension et le vécu de l’appel.
b. Renforcer l'unité des membres dans leur diversité. Que la richesse de la
provenance et la variété des dons de chaque membre, et la situation
15 https://www.donboscoland.it/it/page/il-cooperatore-nella-mente-di-don-bosco
16 Bulletin Salésien, Juillet 1885, An IX. n. 7 voir :
https://sdl.sdb.org:9343/greenstone3/library/collection/bolletin/document/HAS
Hf4b23f9c8aeedeefebb44e;jsessionid=5747EC043839057DDD329A721E7B8FAA
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3.8 Page 28

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personnelle de chacun soient l'occasion de créer des espaces de
convergence, de partage et d'habiter de nouveaux espaces d'action.
c. Enfin, promouvoir la vitalité missionnaire de chaque Coopérateur.
L'appel à nous sentir « comme Don Bosco » signifie être guidé par un
cœur prêt à « sortir », un cœur qui se sent envoyé, un cœur
missionnaire. Cette conviction permet de surmonter le danger d'une
fermeture qui finit par faire perdre le feu de l'appel.
Avec ces propositions du P. Pascual Chávez, il convient de réitérer son
invitation afin que nous ne perdions pas cette fraîcheur que Don Bosco nous
a communiquée et qu’aujourd’hui il nous appartient de ne pas perdre, de ne
pas affaiblir. Son projet conserve toute sa valeur aujourd'hui encore dans la
mesure où chaque Salésien Coopérateur s'efforce d'être, avant tout, une
personne dévouée au bien commun dans les domaines politique, social et
humanitaire. Dans cette perspective, l'attention particulière portée aux
pauvres et aux exclus devient le moteur de l'action pastorale. Troisièmement,
l'engagement envers une communauté de croyants est réaffirmé, en
soutenant la vitalité de l'Église à travers un esprit de service authentique,
véritable et désintéressé. Enfin, l'invitation à se former continuellement afin
que le témoignage, dans son ensemble et partout, soit nourri par cette
spiritualité laïque qui façonne la vie évangélique, une vie porteuse de la Bonne
Nouvelle, levain dans la société.
6. Quelques propositions pastorales
Dans cette dernière partie, je voudrais présenter quelques propositions
pastorales qui peuvent être étudiées et discutées au sein des différents
Groupes de la Famille Salésienne. Ce sont des propositions qui découlent des
différentes considérations exposées jusqu'à présent et qui sont intimement
liées à la Parole de Dieu qui nous a accompagnés dans cette ÉTRENNE 2026.
Le souhait, pour moi et pour chaque membre de la Famille Salésienne, est de
toujours mettre devant nous la force et la lumière de la Parole. Nous appuyant
sur cette énergie, nous demandons à l'Esprit de Dieu de nous donner le
courage et la détermination de vivre le message de Jésus avec foi et, en le
vivant, d'apporter le « vin de l'espérance » aux jeunes.
1. « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » : vers une pédagogie de l'écoute
personnelle
Les paroles de Marie aux serviteurs de Cana se présentent comme une
véritable méthode éducative. Marie nous invite à une écoute personnelle qui
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3.9 Page 29

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conduit de l'individualisme indifférent à l'autonomie responsable et solidaire, du
conformisme extérieur stérile à la conversion du cœur.
- Éduquons les jeunes à l'écoute personnelle de la Parole de Dieu vers une
foi adulte et consciente.
- Favorisons le discernement au niveau personnel et communautaire, de
groupes et d’assemblées.
2. Marie à Cana : éducatrice de la liberté authentique
Marie ne force pas les serviteurs, mais les oriente vers Celui qui peut
transformer leur vie. Elle est le modèle de tout éducateur authentique dans la
foi : ne pas imposer, mais proposer ; ne pas contraindre, mais accompagner ; ne
pas prendre la place d’un autre, mais le rendre capable de tenir sa place.
- Grandissons comme éducateurs qui aident les jeunes à se poser les
bonnes questions, en évitant le danger de donner des réponses toutes
faites.
- Prenons conscience que faire autorité vient d'un témoignage cohérent et
authentique, et non d'un autoritarisme étouffant.
- Acceptons qu’éduquer à la liberté, c'est aussi anticiper le risque du « non »,
d'une réponse négative, d'un rejet, et que, dans tous les cas, il est toujours
nécessaire de respecter les choix des jeunes dans un cheminement
progressif de croissance.
3. L'art de lire les signes des temps avec les jeunes
Une pastorale incarnée sait lire la réalité des jeunes sans préjugés ni
nostalgie du passé. Les jeunes vivent dans un monde complexe, traversé par des
défis sans précédent : la révolution numérique, l'incertitude de l'avenir, la crise
des institutions traditionnelles, les nouvelles formes de pauvreté existentielle.
- Écoutons avec empathie : avant de juger, essayons de comprendre le
monde des jeunes de l'intérieur.
- Faisons une lecture de sagesse : voyons dans les changements culturels
non seulement des menaces, mais aussi des opportunités pour l'annonce.
- Favorisons la conversation dans l’Esprit : nous vivons la « synodalité » de
manière claire lorsque nous impliquons les jeunes eux-mêmes dans
l’écoute mutuelle, dans l’analyse de leur réalité et dans la formulation de
nouvelles propositions.
- Avec un regard de foi, reconnaissons l’action de Dieu même dans les
situations apparemment les plus éloignées de l’Évangile.
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3.10 Page 30

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4. Choisir : la liberté chrétienne comme réponse vocationnelle
L'un des points les plus délicats de la Pastorale Salésienne des Jeunes
aujourd'hui réside dans la relation entre la foi et la liberté. Seule l'« écoute libre »
nous permet de faire l'expérience de la force libératrice de l'Évangile.
- Offrons aux jeunes des espaces et des expériences basés sur un
christianisme courageux et sans peur, une proposition de vie chrétienne
simple et crédible.
- Orientons vers l'action : chaque action et chaque proposition concrètes
doivent être vécues et guidées par la Parole afin de devenir signes d'une
spiritualité intégrale. Le service apparaît alors comme l'expression
naturelle d'une foi mûre et d'une liberté authentique.
5. Le 150ème anniversaire des Salésiens Coopérateurs : un modèle
pour aujourd'hui
La commémoration du 150ème anniversaire des Salésiens Coopérateurs
offre à la mission salésienne une occasion unique : le rêve de Don Bosco d'un
« grand Mouvement de personnes » engagé pour le bien des jeunes.
- Protagonisme des jeunes : les jeunes ne sont pas seulement des
destinataires de l'action pastorale, mais des sujets actifs. Comme les
premiers Coopérateurs depuis le début, les jeunes ont partagé le rêve de
Don Bosco. Il doit en être de même pour les jeunes d'aujourd'hui : ils sont
appelés à être protagonistes de l'évangélisation, de manière plus explicite
que ceux de leur âge.
- Alliances éducatives : la mission salésienne ne peut pas être l'œuvre
d'individus, mais nécessite des réseaux de collaboration entre familles,
communautés chrétiennes, écoles, associations, monde du travail. Les
Salésiens Coopérateurs d'hier et d'aujourd'hui représentent cet esprit
d'alliance pastorale.
- Dimension missionnaire : le charisme salésien est intrinsèquement
missionnaire. Tout choix pastoral ne peut se limiter à la préservation de
l'existant, mais doit s'ouvrir aux périphéries, aux nouvelles formes de
pauvreté, aux jeunes les plus éloignés.
- Un sécularisme fécond : les Salésiens Coopérateurs témoignent de la
beauté de la vocation laïque dans l'Église. Cela signifie valoriser et prendre
au sérieux le rôle spécifique des laïcs dans l'éducation à la foi, en
respectant et en promouvant leur compétence et leur autonomie.
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4 Pages 31-40

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4.1 Page 31

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Conclusion
L’ÉTRENNE 2026 offre à la Famille Salésienne un programme à la fois
exigeant et fascinant. À une époque où les jeunes sont souvent décrits
uniquement en fonction de leurs problèmes ou de leurs fragilités, la proposition
salésienne les regarde avec les yeux de la foi : lorsqu'ils rencontrent des
propositions crédibles et des témoins faisant autorité, les jeunes se montrent
porteurs sincères de dons spécifiques, vraiment capables d'une écoute
authentique, prêts à faire des choix généreux.
Comme Marie à Cana, nous, éducateurs et éducatrices dans la foi,
sommes appelés à témoigner du Christ aux jeunes, non pas comme « objet »
mais comme relation libératrice, à proposer la vie chrétienne non pas comme
des règles à suivre, mais comme plénitude de vie offerte gratuitement. « Tout ce
qu'il vous dira, faites-le » n'est pas une invitation à l'obéissance aveugle, mais à
la liberté responsable communiquée par ceux qui ont déjà rencontré et
expérimenté l'Amour, et qui veulent le partager parce que la vraie vie est en eux.
Je termine par une réflexion de Romano Guardini.17 Il affirme que « notre
foi est une "foi contestée", qui doit continuellement vérifier ses fondements, et
peut-être se débarrasser de la diversité et de la beauté pour ne s'attacher qu'à
l'essentiel ». Cela signifie que lorsque surgissent le doute ou le
découragement, qui nous assaillent souvent dans notre mission, nous
réalisons que la vraie foi est celle « qui se lève à nouveau contre le doute. […]
Cette forme caractéristique de la foi que (saint John Henry) Newman a bien
décrite lorsqu'il a affirmé que "croire" signifie "être capable de supporter le
doute". »
Le vin nouveau des noces de Cana, qui symbolise la nouveauté promue
par ceux qui croient, nous l'apportons avec joie et espérance aussi et surtout au
milieu des défis et des difficultés, des doutes et des incertitudes. Tant dans
l'Église que dans la société, les jeunes que nous accompagnons sont porteurs
d'une soif de vie authentique. Ils cherchent à rencontrer des croyants qui
communiquent une proposition chrétienne crédible, et c'est pour cette raison
qu'ils sont crus par eux. C'est le défi que l’ÉTRENNE 2026 confie à nous tous,
dans la Famille Salésienne, qui avons à cœur les nouvelles générations.
Le rêve de Don Bosco se poursuit chaque fois qu'un jeune découvre chez
les éducateurs et les pasteurs qu'il rencontre non pas une limite à sa liberté,
mais le chemin pour devenir pleinement lui-même, un croyant qui vit sa foi au
17 ROMANO GUARDINI, Sorge um dem Menschen Bd. I, Werkbund, Würzburg 1962, tr.
it. par Albino Babolin, Ansia per l’uomo, Vol. I, Morcelliana, Brescia 1970, p. 130.
(En français : De la mélancolie, Éditions du Seuil ).
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4.2 Page 32

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service de ses frères. C'est la « bonne nouvelle » que la mission salésienne est
appelée à annoncer : l'audace de la foi et la joie du partage.
C’est l’ÉTRENNE que je vous offre avec joie et émotion, et que je m'engage
à vivre en premier.
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