III. L'écoute sincère comme transformation
L'invitation de Marie n'est pas un conformisme banal. « Faites ce qu'il vous dira
» suppose avant tout une écoute profonde. Cette écoute, mûre, attentive et
pénétrante, exige d'entendre la voix de Jésus au milieu du bruit et des demi-
vérités du monde. Sa voix est celle qui reconnaît l'autorité de la vérité, et non de
la force brute et arrogante.
Dans le contexte contemporain, « faites tout ce qu'il vous dira » signifie donc
apprendre à reconnaître et à donner de l'espace à la voix qui parle de vérité,
d'amour sans calcul, de dignité inconditionnelle. C'est le contraire de la
logique qui domine le discours public contemporain, où chaque mot est filtré par
les intérêts du pouvoir.
Le Mouvement Salésien des Jeunes est appelé à être une communauté d'écoute
capable de transformer : écouter le Seigneur dans l'Évangile, écouter les jeunes
dans leurs questions les plus profondes, écouter les pauvres qui crient, écouter
les signes des temps. Si nos parcours éducatifs et pastoraux ne se nourrissent
pas de la Parole de Dieu, le risque est que chaque parole alternative ne résiste
pas à l'ambiguïté diffuse qui devient un style et une méthode. Seule la Parole a
la force de cette vérité qui démasque l'ambiguïté et répare ce « court-circuit » qui
a fait tomber dans le vide la véritable fraternité. D'une communauté d'écoute
mûre naissent des amitiés vraies et authentiques.
IV. La prophétie de la fraternité et de la véritable amitié comme témoignage
à contre-courant
S'adressant à la Curie romaine (22 décembre 2025), le pape Léon cite un maître
de vérité et de clarté, saint Augustin : « Dans toutes les choses humaines, rien
n'est cher à l'homme sans un ami ». Et pourtant, quelle amitié authentique
existe-t-il entre les personnes au-delà de la tentation des « likes », du pouvoir, de
la soif de domination, du souci de ses propres intérêts ?
C'est là que l'amitié devient un choix politique au sens le plus noble du terme
: un choix de principe pour le bien de la cité, de la polis. Lorsque, dans un
monde fluide, nous choisissons de dire « je t'aime non pas pour ce que tu
m'apportes, mais pour ce que tu es », nous accomplissons un acte de résistance
à la culture qui consume également les relations humaines. Lorsque nous
accueillons ceux qui ne sont pas utiles, ceux qui sont rejetés par la logique
productiviste, nous témoignons d'une autre grammaire.
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