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1 Sommes-nous aussi parmi les 72 ?

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12 juin 2026


LE MESSAGE DU RECTEUR MAJEUR, Père Fabio Attard

Nous aussi, nous sommes des envoyés. Nos lieux de travail, nos quartiers, nos familles et nos cercles d’amis sont « les villes et les lieux » où le Christ entend venir, et Il nous y envoie en avant de lui pour lui préparer le chemin.

Dans l’Évangile de Luc, au début du chapitre 10 (versets 1-19), Jésus étend sa mission au-delà des Douze, envoyant soixante-douze disciples en avant de lui pour préparer le chemin. Ce fut un moment décisif : la mission n'est plus réservée à un petit cercle apostolique, mais s'étend à un groupe plus large de fidèles ordinaires. L'implication est claire : chaque disciple est missionnaire, envoyé dans son coin particulier du monde pour rendre le Christ présent.

Pour nous, chrétiens d’aujourd’hui, que nous travaillions dans des bureaux ou des hôpitaux, que nous élevions nos enfants à la maison ou que nous enseignions dans les écoles, que nous dirigions des entreprises ou que nous prenions soin des personnes âgées, ce passage s’adresse directement à notre vocation baptismale. Nous aussi, nous sommes des envoyés. Nos lieux de travail, nos quartiers, nos familles et nos cercles d’amis sont « les villes et les lieux » où le Christ entend venir, et il nous y envoie en avant de lui pour lui préparer le chemin.

Les instructions données par Jésus ne s’adressent pas seulement aux « professionnels » de la religion, mais à tous ceux qui portent son nom. Ce sont des instructions qui révèlent ce que doit être le témoignage chrétien en toute circonstance : voyager léger, apporter la paix, guérir ceux qui sont blessés, annoncer la proximité du Royaume à travers la réalité concrète de nos vies.

Dans une culture qui réduit souvent la foi à une conviction personnelle ou à un culte dominical, Luc 10 revendique toute la vie comme territoire missionnaire. Les trois réflexions suivantes permettent de comprendre comment les paroles de Jésus aux soixante-douze éclairent ce que signifie vivre en tant que disciples envoyés dans les circonstances ordinaires de la vie quotidienne.

1. Voyager léger : libérés du fardeau de l'autosuffisance

« Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales ». Jésus envoie ses disciples dans une situation délibérément vulnérable, radicalement dépendants de Dieu et de l’hospitalité des autres. Cette consigne remet en question les principes fondamentaux de la vie contemporaine : l’idée qu’accumuler des biens garantit la sécurité, que la valeur réside dans l’autosuffisance, et que nous devons toujours tout contrôler.
Pour les chrétiens confrontés aux réalités de la vie quotidienne – carrière, responsabilités familiales, pressions économiques –, cet appel à la pauvreté évangélique ne signifie pas qu'il faille renoncer à une planification prudente ou à une gestion responsable. Il soulève plutôt une question spirituelle plus profonde : sur quoi comptons-nous vraiment ?

Nous vivons dans une culture qui nous apprend à nous fier à notre capacité à gérer toute éventualité. Nous accumulons des certifications, des diplômes, des contacts – construisant des « sacs » de plus en plus grands. Et nous nous épuisons à essayer de maintenir l'illusion de l'autosuffisance.
L'enseignement de Jésus nous libère de ce fardeau. Voyager léger, c'est reconnaître que nous sommes fondamentalement dépendants de la Providence divine, de la communauté des croyants et de la grâce que nous ne pouvons produire. C'est accepter de reconnaître notre ignorance, notre besoin d'aide, l'échec de nos plans les plus minutieux et la nécessité de croire que Dieu nous offrira une autre voie.

Concrètement : admettre que nous ne sommes pas parfaits et que le maintien d'une image parfaite de soi-même finit par nous asservir ; être honnêtes avec nos enfants au sujet de nos difficultés ; choisir la simplicité plutôt que l'accumulation de biens, la présence plutôt que la productivité, la confiance plutôt que l'anxiété.
Nous ne sommes pas appelés à être des chrétiens qui donnent l’impression d’avoir réponse à tout. Nous sommes invités à découvrir que le Christ suffit, que sa grâce est vraiment suffisante, qu’être dépendant de Dieu est une pure liberté.

2. Avant tout, la Paix : présence dans un monde fragmenté

« Mais dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : “Paix à cette maison.”» Avant toute activité ou productivité, il y a la paix avant tout. Nous menons des vies fragmentées : mille choses à la fois, à moitié présents dans les conversations. Jésus nous envoie apporter la paix. Attention : ce n’est pas une paix superficielle, fruit de l’illusion de tout contrôler, mais la paix véritable, profonde, qui vient de la certitude d’être soutenus par Dieu, même dans le chaos.

Cette paix est un témoignage à contre-courant. Face au stress de nos collègues, nous restons inébranlables, non par le déni, mais avec confiance. Face à l'anxiété qui règne dans nos quartiers, nous offrons une présence rassurante, non par naïveté, mais avec espérance.
Pensez aux « maisons » quotidiennes où vous entrez : le lieu de travail, votre propre maison, la salle de sport, l'école de vos enfants, votre quartier. Apporter la paix pourrait signifier : ne pas participer aux commérages sur le lieu de travail, mais parler avec respect ; créer une atmosphère chaleureuse où les gens peuvent respirer et où il y a de la place pour le silence ; être le voisin attentif et qui ne juge pas.

Cette paix revêt une puissance et une signification particulières pour ceux qui traversent des épreuves. Combien de personnes portent des fardeaux invisibles : problèmes de santé mentale, soucis financiers, crises relationnelles, désespoir existentiel. Elles n’ont pas besoin de solutions. Elles ont besoin de quelqu’un capable de les accompagner dans leur souffrance sans se laisser déstabiliser, quelqu’un qui rayonne d’une paix rassurante, un ancrage solide au cœur du chaos.

Notre témoignage chrétien porte avant tout sur ce que nous sommes : des personnes qui ont trouvé une paix que le monde ne peut ni donner ni enlever.

3. Guérison et proclamation : rendre visible le Royaume

« Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : “Le règne de Dieu s’est approché de vous.”» Les paroles et les actions sont indissociables. Cela signifie reconnaître les blessures qui nous entourent et y répondre par des gestes concrets d’empathie. Reconnaître le sentiment de vide et de manque de sens que les uns portent en eux, la concurrence acharnée, l’épuisement professionnel des autres, en leur offrant le cadeau d’une présence qui sait écouter sans juger. Être aux côtés de ceux qui se sentent isolés, des personnes âgées, par de petits gestes simples mais qui laissent une empreinte dans leur cœur meurtri.

Le Royaume se fait proche quand les gens peuvent dire : « J’ai découvert quelque chose de différent ici. J’ai été accueilli, valorisé, réconforté. »
C’est ainsi que l'Église primitive s'est développée, non pas principalement par des sermons éloquents, mais par des communautés qui vivaient si différemment que les gens en arrivaient à demander : « Qu'avez-vous donc que nous n'avons pas ? Pourquoi aimez-vous ainsi ? D'où vous vient cette espérance ? »
Nos vies deviennent proclamation. Et quand les gens nous interrogent, nous sommes prêts à citer la source  : « Le règne de Dieu s’est approché de vous. L’amour que vous avez connu ne vient pas seulement de nous ; il vient du Christ qui a fait toutes choses nouvelles et qui vous invite à entrer dans cette nouvelle réalité. »